Pourquoi un montage de roues artisanales ?

Les roues constituent la meilleure amélioration que l'on puisse apporter à un vélo. Ce sont elles qui influencent le plus son comportement et sa vitesse. Elles jouent sur la rigidité verticale et latérale, sur les inerties et sur l'aérodynamique. Les roues font l'âme du vélo.
Cependant, la manière d'assembler une roue est aussi importante que les composants qui la constituent. Nos roues sont montées à la main avec les composants que nous choisissons ensemble.

Nous utilisons un tensiomètre pour obtenir une tension uniforme des rayons. La variation de tension reste dans une fourchette de moins de 5 % sur chacune des roues montées.

Après la mise en tension, il faut éliminer toutes les contraintes résiduelles dans les rayons. Pour cela, nous pratiquons une technique de ''destress'' (appelée également ''cassage des rayons'' ) qui permet d'augmenter leur résistance à la fatigue et leur durée de vie.
La distribution des tensions sur la roue et l'élimination des contraintes résiduelles va directement influencer la fiabilité de la roue et sa capacité à rester ronde tout au long de sa vie.

L'inconvénient des roues assemblées par machine est d'avoir des écarts de tension pouvant atteindre 25 à 45 %. Ceci est dû à des processus favorisant la rentabilité à la qualité et aux variations de production. De ce fait, la durée de vie de la roue machine est beaucoup plus limitée.

La mise en tension manuelle d'une roue, le ''destress'' des rayons et l'uniformisation des tensions peut prendre jusqu'à deux heures de travail.

Chaque coureur a des besoins différents en fonction de sa morphologie, de sa pratique, des conditions extérieures, de son objectif poids et de son budget. Nous prenons en considération tous ces éléments pour vous proposer le montage qui vous correspond au mieux.

À cause de leur extrême légèreté, certaines jantes sont plus délicates à monter que d'autres et demandent plus d'attention. Nous estimons le temps à passer par roue à plus d'une heure pour qu'elles soient parfaites. Il est très important d'avoir une répartition homogène des tensions. Notre objectif est de ne pas avoir plus de 5 % de variation entre le rayon le plus tendu et le rayon le moins tendu, ce qui signifie qu'il faut mesurer et ajuster constamment la tension au cours du montage. Ceci est en particulier le cas avec les jantes les plus légères qui demandent une attention toute particulière et nécessitent un peu plus de temps que d'habitude

Toutes les roues JPRACINGBIKE1 sont montées dans nos locaux en Vendée.

Voici présentées ci-dessous les différentes étapes du montage de nos roues.

  • 1 - LE LAÇAGE DE LA ROUE

Dans cet exemple, une roue de VTT va être rayonnée avec 32 rayons croisés par 3. La roue est placée face à soi de manière à ce que le sens d'avancement de la roue soit le sens horaire (sens des aiguilles d'une montre), donc face au côté opposé disque.

Le logo du moyeu est aligné avec celui de la jante.


Le premier rayon, appelé rayon maître, est posé : c'est un rayon tracteur (aussi dit ''de queue'' ). Un rayon tracteur est un rayon dont l'extrémité côté jante est toujours en retard par rapport à sa tête côté moyeu. Le rayon tracteur a sa tête visible à l'extérieur du flasque, ici sur le flasque gauche car dans ce cas la jante est percée à gauche (le premier trou après la valve est orienté à gauche) (et inversement sur flasque droite si la jante était percée à droite).
Les sept autres rayons tracteurs sont ensuite placés, dans le sens horaire, tous les deux trous dans le flasque et tous les quatre trous dans la jante. Un écrou est vissé sur chaque rayon.

De la même manière, les huit rayons tracteurs de l'autre nappe sont positionnés. Le premier de cette série étant placé à la droite du rayon maître.

On place ensuite les rayons pousseurs. Les rayons pousseurs (aussi dits ''de tête'' ) sont ceux dont l'extrémité côté jante est toujours en avance par rapport à la tête côté moyeu. Les rayons pousseurs sont ceux qui sont introduits par l'intérieur de la flasque. Ils doivent croiser 3 rayons tracteurs (dessus, dessus puis dessous) avant d'être introduits dans la jante.

  • 2 - AJUSTEMENT DES RAYONS

Avant de visser complètement les écrous, de l'huile de lin est appliquée sur tous les filetages des rayons. Cette huile va permettre de lubrifier pour monter plus facilement en tension. Elle va ensuite ''siccativer'', c'est-à-dire s'oxyder et sécher. Une fois solidifiée, elle est très résistante, tout en restant souple. Elle adhère à tous les métaux et sert donc de colle après avoir servi de lubrifiant.

Les écrous sont ensuite vissés de manière égale.

  • 3 - DEVOILAGE - CENTRAGE - MISE EN TENSION

La roue est ensuite placée sur le support de montage. On continue de visser les écrous à la clé à rayon, un tour à la fois, jusqu'à ce que les rayons se tendent. Ensuite arrivent les délicates opérations de dévoilements latéral, vertical et centrage. Le plus difficile réside à dévoiler et centrer sans que chacune de ces opérations interfèrent trop entre elles. Cette aptitude s'acquiert avec l'expérience et le temps.

La mise en tension est effectuée à l'aide d'un tensiomètre. Pour garantir une roue fiable, robuste, réactive et nerveuse, la tension doit être élevée et homogène. La tension maxi indiquée par le fabricant de jante ou de rayons (voir un peu plus dans certains cas) est appliquée côté roue libre à l'arrière, des deux côtés pour une roue avant avec freinage sur flancs et côté disque pour une roue avant à disque. La tension côté opposé roue libre et celle côté opposé disque pour une roue avant découlera de la géométrie du moyeu (et de la tension du côté opposé) de manière à obtenir une roue centrée.

  • 4 - LE CASSAGE

Vue du pied qui va servir au cassage de la roue.

Après la mise en tension, il faut éliminer les contraintes résiduelles de manière à ce que les têtes de rayon prennent leur place dans les flasques et que les écrous fassent leur siège dans la jante. Il faut aussi permettre aux rayons qui seraient restés tordus sur eux-mêmes de retrouver leur position neutre. La technique consiste à placer la roue sur le support ci-dessus et à presser très fortement sur la jante à l'aide des deux mains. Les efforts sont appliqués successivement sur toute la périphérie de la jante, d'un côté puis de l'autre. On peut alors entendre des sons aigus signifiant le placement des rayons. Cette technique permet également d'augmenter la durée de vie des rayons.

Les rayons ayant bougé, la roue est de nouveau repositionnée sur le support de montage afin de la redévoiler et de contrôler les tensions. Une nouvelle opération de cassage est alors réalisée et ainsi de suite jusqu'à ce que les tensions et le voile se soient stabilisés.

Grâce à cette technique, la roue restera ronde et droite beaucoup plus longtemps qu'une roue montée en machine.

Du frein filet peut ensuite être rajouté à la demande, notamment sur les nappes les moins tendues

  • 5 - LE LIGATURAGE

Pour augmenter la durée de vie de la roue grâce à une meilleure répartition des contraintes, les rayons peuvent être ligaturés. L'immobilité des rayons entre eux engendre également un gain au niveau du transfert de couple et en nervosité. Les ligatures permettent aussi de tenir le rayon en cas de casse et ainsi éviter de venir frotter ou se coincer dans le cadre ou le dérailleur. Cela évite d'endommager le vélo et permet aussi de continuer la compétition sans devoir s'arrêter.

La ligature est constituée d'un fil enroulé 7 fois à l'intersection des rayons. Elle est ensuite soudée, puis nettoyée à l'eau à l'aide d'une éponge abrasive (Tampongex) pour parfaire la finition.

Les ligatures peuvent aussi être réalisées avec du fil de carbone et de la résine. La tenue de la ligature est encore plus forte et son apparence reste stable dans le temps.

Photos : Michel VY / E-METIS PRESS